"Nous sommes en outre ce qu'ils ne sont pas: des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, sans maître, sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même".

(Fernand PELLOUTIER - Lettre aux Anarchistes – 1899) => lire la «Lettre aux anarchistes»

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CGT-FO - «Les Cahiers Fernand Pelloutier» - FEN-FO

le 7 février 2018, l’édition n°5-6 a été mise en ligne

POUR NOUS CONTACTER: uas.pelloutier@laposte.net

Brochure numérique gratuite:



«Comment fut élaborée la Charte d'Amiens»

- reproduction intégrale de la discussion du quinzième Congrès national corporatif –

- neuvième Congrès de la C.G.T. - Amiens, du 8 au 16 octobre 1906 -


    «L'Anarcho-syndicaliste»: L’édition n°202janvier 2018

Dans cette édition:

p.1 et 2: - Les arbres empêchent de voir la forêtMarc HÉBERT.

p.2: Le nouveau monde – Bertrand KANBAN.

p.3-4: Y’a des coups d’gueules qui s’perdent – par le Père Siffleur.

p.4: Indépendance politique ou libération sociale? Première partie: Un printemps des ‘‘peuples’’... en plein hiver social… - par Georges RIVALIN.

p.5-6: Anarchisme et réforme – Errico MALATESTA – introduit par «Au cas où des syndicalistes d’État voudraient nous laisser accroire qu’ils sont ‘réformistes’ - par Georges RIVALIN.

p.6: Les Cahiers Fernand Pelloutier (1949).


LES ARBRES EMPÊCHENT DE VOIR LA FORÊT...

«Avec la masse des données disponibles, l’information se raréfie»; c’est une affirmation qui se confirme pleinement aujourd’hui. La formulation est moderne mais le principe est ancien, dit autrement: «les arbres empêchent de voir la forêt». Le gouvernement relayé servilement par les médias, les commentateurs assènent chaque jour des coups de boutoir à l’état social modèle 1945, avec des effets d’annonce permanents.

Le langage est construit pour maquiller toute la réalité. Ainsi, les baisses de cotisations sociales sont-elles présentées comme une chance pour les salariés, par l’augmentation du salaire net de cinq euros par mois pour un smicard à temps plein. On assèche la Sécurité Sociale, donc l’accès aux soins, et l’on se félicite d’un bonus de cinq euros!

Et pourtant, le cadre est bien connu et il est publiquement annoncé. Bien entendu, il ne fait pas la une du «20 heures», mais aucun responsable politique ou syndical ne peut l’ignorer:

- Luca VISENTI, Secrétaire de la Confédération européenne des syndicats (C.E.S.) a réagi, ainsi, au train des mesures pour «approfondir l’union économique et monétaire», publié par la Commission européenne, le 31 mai 2017: «L’union économique et monétaire a vraiment besoin d’une gouvernance renforcée et plus cohérente, et de moyens pour assurer l’avenir à  long terme de l’Euro. Le train de mesures présenté par la Commission européenne est important et les États membres doivent trouver le courage politique pour prendre les décisions qui s’imposent. Les changements proposés ne vont certainement pas trop loin mais les dates de leur mise en œuvre doivent être avancés»,

- et Katja LEHTO-KOMULAINEN, secrétaire adjointe de la C.E.S., d’ajouter: «Nous pensons que des règles budgétaires équilibrées, s’accompagnant d’une plus grande flexibilité, devraient être traduites en droit de l’Union afin de stimuler des investissements bien nécessaires».

Il s’agit, de la part de la C.E.S., d’un accompagnement à la déréglementation généralisée, à la casse de toutes les protections collectives des travailleurs de l’Union européenne. Et oui, cohérence oblige, la C.E.S. est favorable aux ordonnances Macron, favorable à la remise en cause du régime d’assurance chômage, à la casse des régimes de retraite, à la remise en cause des dispositifs de formation professionnelle et donc favorable à la destruction des organisations syndicales qui veulent résister.

Et elle est bien silencieuse face aux restrictions majeures apportées au droit de grève en Grèce: la loi, votée en janvier, par le parlement, impose l’accord de 50% des salariés syndiqués pour déclencher une grève…au lieu de 20% auparavant…!

Mais il vrai que la C.E.S. bénéficie de dizaines de millions d’euros de la Commission européenne pour soutenir les actions menées par l’U.E., et notamment, pour financer des actions des syndicats membres (dont la Confédération FO, depuis 2007…) afin de «renforcer la capacité des organisations de travailleurs pour proposer – au niveau de l’UE – des changements dans l’emploi, le travail et le dialogue social liés aux défis tels que: moderniser le marché du travail, la qualité du travail, l’anticipation, la préparation et le management du changement et des restructurations, le verdissement de l’économie, la flexisécurité, la mobilité des compétences au sein de l’UE, l’immigration, l’emploi des jeunes, la sécurité et la santé au travail, la modernisation des systèmes de protection sociale…».

Monsieur Macron sait qu’il peut compter sur les dirigeants des grandes organisations syndicales qui, de manières différentes, valident cette politique qui a pour objectif la consolidation de l’Euro par une politique monétaire donnant la primauté absolue du capital sur le travail.

Aussi est-il inutile de se poser la question: Quelle mouche a donc piqué celui ou celle qui soutient les ordonnances, directement ou indirectement? La réponse est: il ou elle applique les directives de la C.E.S., subsidiairement liée à la politique engagée depuis le traité de Maastricht, en 1992,

Une cohérence et une fidélité totale à l’école de Jacques Delors et Edmond Maire.

Dans ce contexte, un constat s’impose:

1- La gestion paritaire est devenue une chimère. Macron consulte, concerte, choisit et tranche en réduisant les droits collectifs des salariés et appelle à de nouvelles solidarités individuelles entre citoyens.

2- Aujourd’hui, présenter le maintien des dispositifs de signatures d’accords de branche ou d’entreprise, comme une garantie pour les salariés, est un leurre puisque ces signatures permettent la conclusion d’accords inférieurs aux dispositions légales et conventionnelles; ce qui tranche bien sûr énormément par rapport aux dispositions antérieures où aucun accord ne pouvait déroger à  la norme supérieure de la convention collective et de la loi.

Aussi, déclarer, comme le fait le Secrétaire Général de la Confédération FO, que «l’articulation de la négociation collective entre la loi, la branche et l’entreprise était un des dossiers importants», qu’il s’agissait pour FO «d’empêcher une généralisation de l’inversion de la hiérarchie des normes enclenchée, sur le temps de travail, par la loi dite El Khomri» et présenter le texte des ordonnances comme une «victoire des ni partisans ni complaisants mais déterminés pour les droits des salariés» est une présentation fallacieuse, car les possibilités de déroger sont extrêmement importantes sur les thèmes, mais également sur le contournement des organisations syndicales.

Les propos de Frédéric Souillot, secrétaire confédéral FO, lors de la conférence pour le développement syndical, doivent être compris dans ce contexte. Abordant le Comité social et économique qui remplace désormais les D.P., le C.E., le C.H.S.C.T. ainsi que la D.U.P., il déclare: «il va falloir anticiper cette fusion des instances»…. «mises en place par les lois Auroux dont nous avons demandé l’abrogation pendant 25 ans» (voir l’article «Assise pour faire du développement syndical la priorité» sur le site force-ouvriere.fr)

Autrement dit: «Merci Monsieur Macron, avec vos ordonnances, une revendication de FO est satisfaite!» ...
«Concertation… acceptation… anticipation…», on est loin d’un syndicalisme revendicatif! Mais, pire, ce secrétaire confédéral oublie que les lois Auroux portaient sur:

- l’interdiction des discriminations (4 août 1982),

- l’instauration de la Négociation Annuelle Obligatoire (13 novembre 1982),

- la dotation minimale de fonctionnement de 0,2% de la masse salariale brute au C.E. (28 octobre 1982),

- la création du C.H.S.C.T. remplaçant le Comité d’hygiène-sécurité et la Commission des amélioration des conditions de travail (28 décembre 1982),

- l’instauration du droit de retrait en cas de danger grave et imminent (28 décembre 1982),

et enfin, les volets que FO a condamnés: la citoyenneté dans l’entreprise, la démocratie dans l’entreprise, la création d’un droit d’expression des salariés sur les conditions de travail, ainsi que la possibilité de déroger, par accords d’entreprise, aux dispositions plus favorables des conventions collectives et accords de branche concernant les clauses salariales (4 août 1982).

Faire croire que les ordonnances Macron supprimant notamment les D.P., le C.E., la D.U.P. et le C.H.S.C.T. ne sont pas si préjudiciables aux salariés, c’est de la désinformation pure et simple, c’est la marque de la complicité avec le gouvernement contre les salariés et les syndicats,

Que dire de plus? La messe est dite!

La classe ouvrière, les militants syndicalistes n’acceptent pas cette régression sociale.
Le débat est ouvert pour préparer les résolutions nécessaires à l’action.

Marc HÉBERT.